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faces de blog - Page 11

  • Gwendoline, l'"écriveuse de livres" (II)

    La suite du portrait de Gwendoline Raisson, "écriveuse pour enfants" (c'est elle qui le dit ainsi sur son blog). Toute la littérature jeunesse, c'est sur le site Ricochet. Mais le portrait de la drôle de Gwendoline, c'est ici.

    Photos de Cyril Nouaille 29 mai 09 077.jpgLa question ne paraissait pas si simple. Mais Gwendoline y avait beaucoup réfléchi. Une question qui, en fait, semblait la passionner. "Pourquoi est-ce qu'on écrit tout à coup des livres pour enfants". L'envie de parler aux enfants ? Oui, un peu de cela. Gwendoline a un garçon, Solal. Mais c'est autre chose.

    "Quand tu écris une histoire pour enfants, c'est l'enfant qui est en toi que tu vas chercher, ce sont des sensations, une vision du monde que tu avais lorsque tu étais enfant que tu vas rechercher, et que tu gardes plus ou moins au fond de toi."

    Dans ses souvenirs d'enfants, il y a des livres. Ce sont plus que des livres, un peu plus que des souvenirs. Nous avons certainement tous une histoire d'enfants qui nous a marquée. Faites l'essai vous verrez, vous la retrouverez ! Le rapport à ces souvenirs-là est très fort. Elle, c'est Michka. Une histoire d'ours, de petite fille, de liberté et de sacrifice. Un classique. Elle le relit parfois. Et elle a parfois envie de pleurer, dit-elle presque surprise.

    (photo Cyril Nouaille)

    "Je me suis construite avec ce livre"

    Gwendoline dit s'adresser aux enfants. Et pas tout à fait comme à des enfants. Avec un ton qu'elle veut iconoclaste, c'est son originalité. De la fantasie et de la dérision. La société a changé et ça se voit dans ses livres ! Les garçons ne naissent plus dans les choux et les filles dans les roses, loin de là. Exemple avec son livre Ma mère dans tous ces états : un petit garçon parle de sa mère (le père est absent). "Il est plus adulte qu'elle dont le comportement semble un peu... puéril ou incompréhensible. Parfois, elle a un copain qu'elle cache."

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    Ce sont aussi ses propres questions que Gwendoline transcrit dans ses livres. Elle en a réalisé sept, en collaboration avec différents dessinateurs-dessinatrices. Le journalisme ne lui manque pas. Quand elle a commencé à écrire pour les enfants, elle a tout de suite compris que c'était sa voie. Comme si tout s'était éclairé d'un coup. Elle ne s'est plus posé de questions. Elle ne s'est pas complètement éloignée du journalisme. Gwendoline Raisson reste engagée dans la défense des écrivains pour enfants en situation précaire. Ca rappelle beaucoup le milieu du journalisme et le secteur connaît quelques remous. Gwendoline s'est fendu d'un article. Il commence ainsi :

    Non, les auteurs et illustrateurs jeunesse ne passent pas leur temps à dessiner des nounours roses en buvant de la grenadine...

     

  • Gwendoline, "écriveuse de livres"(I)

    J'ai connu Gwendoline Raisson journaliste. Aujourd'hui, elle écrit des livres pour enfants. derniers parus Tout sur les mamans et Tout sur les papas. Lisez, jeunesse!

    La question me paraissait pourtant simple : combien de frères et soeurs as-tu ? J'ai dû la lui poser tout de suite, juste après la triade nomprénomâge. Deux semaines plus tard, je n'ai toujours pas compris la réponse. Je vous la livre, en substance : Gwendoline a huit frères et soeurs. Sept soeurs et un frère, mais cela dépend du mode de comptage. "En fait, il y a "des  fausses soeurs qui se glissent là-dedans des quarts de soeurs, des demies soeurs ou frère... "Alors quand je veux faire ma maline, je dis que j'ai sept soeurs et un frère. Mais sinon, j'en ai deux. Plus un. Plus trois et même plus deux."

    Photos de Cyril Nouaille 29 mai 09 033.jpg

    Chez Gwendoline Raisson, le frigo est bleu ,le micro-ondes est repeint à l'écossaise et le grand tableau au-dessus du canapé est une oeuvre très personnelle en trois dimensions composée de jouets. A regarder de trop près, on se cognerait au canard ou au camion miniature. Pourtant l'excentrité n'est pas chez elle une antienne  ou un slogan. D'ailleurs cette femme de 37 ans, ancienne championne de France de monoski ou jetski ou chose-ski semble si sage au premier abord, un peu comme un fille de bonne(s) famille(s). Sa voix est douce, elle ne l'élevera pas.  Elle vous explique les choses calmement. Ses phrases sont parfois ponctuées d'éclats de rire et de second degré.

    (photo Cyril Nouaille)

    Pendant dix ans ,Gwendoline a tâté d'un peu tout les media mais s'est surtout consacré à la presse écrite. Zurban, Témoignage Chrétien, L'humanité Dimanche. Des années à faire le portrait des autres. Et puis le saut dans la littérature, parce qu'elle avait envie, parce qu'on l'a convaincue, parce qu'elle écrivait toujours des textes pour elle. Alors elle tente. Ce qu'elle pense 'à l'époque?  "je vais écrire le chef d'oeuvre de ma vie,  ça va déchirer sa race, Anna Gavalda peut aller se coucher".

    "Je les ai envoyé à des éditeurs, personne n'en n'a voulu. Rétrospectivement c'était une tès bonne chose (elle éclate de rire). Tout était très maldroit, c'était inintéressant.". Elle passe à autre chose.  "Plus jamais je n'écrirai de ma vie", voilà ce qu'elle se dit. Aujourd'hui elle admet qu'elle avait tout de même réalisé ce qu'il lui semblait le plus dur, dans le procesus d'écriture : faire lire son texte à quelqu'un d'autre. Et ses nouvelles de quoi parlaient-elles? De maternité, de rapport à l'enfance et d'histoire d'amour. D'histoire de familles.

    Gwendoline remettra ça. (la suite très vite!)

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  • Les sévillans (II)

    C'est un travelo donc. On en était resté là. La suite du texte de Michel del Castillo tiré de Nos Andalousies...

    Séville 122.jpgImmense, carré d'épaule, des pieds de footballeurs, une perruque rousse au dessus d'un visage chevalin outrageusement fardé, formant un plateau où tiendraient dix couverts, vêtu d'une robe d'été à pois rouges décolletée et brandissant au bout d'un bras musclé un sac blanc, que sa main de forgeron tient comme une massue. Son oeil noir, cerné de kohl, étincelle de fureur.

    "Ose prétendre qu'elle ne l'est pas, IMPERATRICE !, menace-t-il, d'une voix de baryton verdien. Ose donc !"

    Bien entendu, notre interlocuteur n'osera pas. Qui, du reste, oserait défier cette Gorgone en fureur ? Le spectacle qu'offre cette créature surréelle est si extravagant, les motifs de sa colère si saugrenus, que je l'observe avec stupéfaction, m'efforçant de contenir le rire qui me secoue. Il saute aux yeux qu'il vient de quitter le tapin pour applaudir "sa" Vierge, "son" Impératrice, dès que le paso aura tourné le coin de la rue, il retournera sur les quais pour pratiquer son métier. Les propos de notre voisin n'avaient rien d'offensant pour la Macarena, ni pour sa couronne, ils ne contenaient aucune intention maligne. Simplement, ils n'étaient pas assez laudatifs et notre Gorgone les trouvait, du coup, presque injurieux. D'où sa fureur, ses menaces ubuesques.

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    D'où vient que ce monstre, au sens étymologique du terme, me paraisse incarner la démesure andalouse, son comique involontaire, son caractère kitch ? C'est qu'il suffit de se promener au hasard des rues pour apercevoir partout ces notes discordantes, ces dissonances, plus évidentes encore depuis la disparition de Franco et l'instauration de la démocratie. Ce vieillard accroupi en plein centre de la ville, ses revues, ses journaux, étalés autour de lui ou accrochés à des fils, a-t-il fait exprès d'afficher, côte à côte, les images pieuses -Sacré-Coeur d'un rouge saignant, Vierges larmoyantes, saintes extatiques - et les albums pornographiques qu'il propose à la vente ? Ce voisinage hilarant ne choque apparemment personne. "C'est la démocratie" répondraient fièrement les passants, si on les interrogeait.

    (A noter que ce texte a été publié en 1985)sevilla enfant de choeur.jpg

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  • Les sévillans (I)

    Maintenant que les élections sont terminées, nous pouvons désormais parler des Européens. Le hasard fait que j'ai passé quelques jours à Séville une semaine avant le scrutin. Le hasard fait également qu'avec quelques amis, nous y sommes allés au moment de la procession de San Fernando (d'où proviennent les photos prises par ma femme Anne et moi), patron de la ville et quelques jours avant les festivités des 25 ans du couronnement de Notre dame d'Espérance de Séville, la Macarena... Je ne sais pas si ces élections étaient historiques, mais ce texte tiré d'un livre de Michel Del Castillo, Nos Andalousies, me fait bien rire et pose quelques petites questions. Séville ? j'adore...

     

    Séville 237.jpgJe me trouve à Séville au printemps 1984, avec un groupe d'amis. Quel peut-être, à cette date, l'état du monde, je me dispense de l'évoquer. Or, les éditions spéciales de tous les journaux, j'insiste sur "spéciales", ne sont remplies que d'un évenement formidable, qui met toutes la ville en émoi : la vierge de la Macarena, faubourg populaire de Séville, doit être couronnée dans la cathédrale, à la fin de l'après-midi. Sa Sainteté Jean-Paul II a accordé cette faveur particulière, assortie d'une bénédiction. Faut-il préciser que la circulation sera strictement interdite, toute activité paralysée, le centre rempli d'une foule innombrable, balcons et fenêtres décorés de tapisseries, des dais dressés au carrefours ? La liesse donc. Et pourquoi pas ? La religion, se mêlat-elle de superstition, ne me fait pas rire et je suis moi même chrétien. Les occasions de se réjouir sont d'ailleurs trop rares pour que je songe à bouder la fête. Tout juste souris-je du sérieux, de la gravité avec lesquel la presse présente l'événement , qualifié unanimement d'"historique". pas trace d'ironie, que dis-je ?, pas même le soupçon que cette réthorique creuse et ampoulée puisse prêter à rire. (...)

    Séville 283.jpgDans un silence d'autant plus saisissant qu'il succède à un vacarme dément, le paso arrive, escorté de soldats, de gardes civils en tenue de gala, d'une troupe de chanoines et de prélats (...). La vierge brune, juchée sur son char d'argent massif, éclairée par des centaines de cierges, "danse" bizarrement. Son long manteau de velours serti de joyaux traîné dix mètres en arrière, tenu par des fillettes en robe  bleues, chaussettes blanches(...).Séville 301.jpg

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    La Macarena passe maintenant devant nous (...), la foule nous presse, nous bouscule. Des applaudissements frénétiques retentissent, des cris, des piropos, c'est à dire des compliments. Elle se trémousse, bien sûr, comme une reine, elle est la plus belle, la plus grande, qu'elle vive et olé ! ma jolie colombe, ma gazelle. Près de nous un homme entre deux âges, d'allure modeste, désire  renseigner les étrangers que nous sommes. Ou peut-être veut-il seulement étaler son érudition. Il nous fait donc un exposé sur le couronnement de la Macarena qu'il achève par ces mots : "Maintenant, elle est la reine de Séville".

    "Pourquoi maintenant ? Reine, elle l'a toujours été. Et la plus grande. Impératrice, elle est devenue ! IM-PE-RA-TRICE !"

    Ces paroles ont été proférées d'un ton si agressif que notre homme se tait et lève un regard intimidé vers la géante (?), qui vient de l'apostropher. Un "travelo" assurément.

    (la suite demain)